En avril 2003, j’avais demandé au désormais célèbre intellectuel suisse musulman Tariq Ramadan de réagir aux premières élections au CFCM. Voici ce qu’il me disait à l’époque, dans les colonnes du Monde :
"Dans l’état actuel de la communauté musulmane, une démarche totalement démocratique et transparente n’était sans doute pas envisageable. La configuration présente est acceptable à condition qu’elle ne soit que transitoire : il faut déjà qu’une élection véritablement transparente soit organisée dans deux ans, lors du renouvellement du CFCM."
(Le Monde du 5 avril 2003).
Je l’ai interrogé de nouveau aujourd’hui. Voici son commentaire des élections.
Tout cela est bien triste...
"Les élections du CFCM viennent d’avoir lieu. On peut se réjouir, comme certains, du fait que le Conseil ait survécu malgré les troubles et les difficultés et, surtout, l’absence de réalisations effectives au niveau national. On peut surtout faire semblant de se réjouir car sur le fond la situation est grave.
Il y a deux ans, j’avais dit « Essayons ! » en posant comme condition que le gouvernement joue un rôle de « facilitateur » pour accompagner l’autonomisation du processus de représentation des musulmans de France. Or, il n’en est rien : l’Etat assure le contrôle de l’ensemble du processus et a même réinstauré des relations soutenues avec les ambassades marocaines, algériennes ou autres sur ce dossier très précis de l’organisation du culte. L’islam de France est sous tutelle alors que dans les coulisses les jeux d’alliances, les coups tordus, les libertés prises vis-à-vis des principes de transparence et de démocratie sont plus la règle que l’exception. Il n’y a à se réjouir de rien : le CFCM est à la démocratie ce qu’un pantin à ficelle est à l’improvisation.
On avait besoin que la FNMF, soutenue par le Maroc et son ambassade, gagne du terrain : la FNMF arrive « encore plus en tête ». Il était urgent que l’UOIF revoie ses prétentions à la baisse : cela tombe bien, elle recule... Il fallait que la Mosquée de Paris fasse mieux, gagne du terrain également... elle a, par un enchantement miraculeux, gagné du terrain. Belle programmation, en vérité.
On sait d’ailleurs qui sera le prochain président. Non pas depuis hier, après le résultat des élections, et avant l’élection du 26 qui devrait en décider... Non, depuis le 17 juin... Sarkozy l’a appris à M. Dalil Boubakeur ... soit deux jours avant les élections. Le ministère de l’intérieur, je l’ai dit depuis plusieurs mois, est devenu le cabinet du mufti d’un CFCM que la démocratie a depuis longtemps déserté.
Sur le fond, la situation est grave et les musulmans de France ont de quoi s’inquiéter : on organise sous leurs yeux des élections-mises-en-scène -parasitées par le mensonge et la magouille les plus indigestes- pour un Conseil dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il brille par son inefficacité.
M. Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, connaît les résultats des élections du 26 juin 2005... peut-être connaît-il aussi ceux de 2007... Les dés seront alors à rejouer sans doute... tant il est vrai que la représentation de l’islam de France répond aujourd’hui davantage à un agenda politique et politicien qu’à la nécessité de structurer dignement et honnêtement la seconde religion de France."





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