Le monde musulman s’enflamme depuis que le pape Benoît XVI a cité un texte sur les liens entre l’islam et la violence. Une religieuse catholique a été assassinée ; la foule a brûlé des portraits du pape et des drapeaux allemands. Même si la tension retombe, suite aux regrets exprimés par le pape, cette nouvelle crise risque de raviver les tensions entre communautés. Spécialiste des relations entre islam et Occident, l’intellectuel genevois Tariq Ramadan, aujourd’hui établi à Londres, livre son analyse.
- Etes-vous surpris par les réactions aux propos de Benoît XVI ?
- Je m’attendais à des réactions, mais pas d’une telle ampleur. Les propos du pape faisaient partie d’un discours philosophique très pointu, pas comme les caricatures de Mahomet, qui étaient accessibles à tout le monde dans les journaux. Ceux qui manifestent n’ont retenu qu’une chose : le pape établit un lien entre islam et violence.
- Le discours du pape mérite-t-il de telles réactions ?
- Non, elles sont très excessives. A la lecture du texte, j’estime que le pape n’a pas à s’excuser pour ce qu’il a dit. Il a voulu critiquer la relation entre religion et violence, disant qu’on doit refuser la violence comme moyen d’imposer la foi. Il aurait simplement dû éviter de citer ce texte médiéval, dont l’authenticité est d’ailleurs douteuse.
- Il a donc été mal compris ?
- Très mal ! D’autant plus que personne n’a fait attention à un autre aspect de son discours, beaucoup plus contestable, celui-là : il affirme que l’identité de l’Europe est constituée de deux héritages, la pensée grecque et le christianisme. Il écarte totalement l’apport musulman, ce qui est historiquement et philosophiquement faux !
- Comment éviter que la crise ne dégénère ?
- Les leaders du monde musulman doivent cesser d’appeler à la protestation violente. Quand on n’est pas d’accord, on ne demande pas des excuses, on argumente. Des deux côtés, il faut sortir de l’émotivité. Les musulmans européens ont un rôle important à jouer. Le pape a sans doute fait preuve de maladresse : à son niveau, il faut se montrer très prudent lorsqu’on prononce un discours. Mais il a le droit de dire ce qu’il pense.
Source : Le Matin





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