A vous, à toi Yvan
Il était venu à moi un peu comme par le hasard du destin. Sa souffrance était profonde et ses interrogations infinies. Il ne comprenait pas que la morale puisse limiter l’amour ; il n’acceptait pas qu’au cœur de l’amour de la foi, on puisse résister à l’amour du cœur. Il a pu être noble et insultant, digne et négligé, adulte et enfant. Un homme avec la souffrance de ses quêtes et de ses contradictions. Beau et déroutant. Un accident prémédité, un destin hasardé... Il s’en est allé à la mort puisqu’il se sentait exclu des demeures de l’amour. Franck est mort et s’est tué.
Il a laissé dans le sillage de cette route accidentée des souffrances immenses, des solitudes, des doutes et des cœurs orphelins de père, d’épouse, de frère, de fils, d’amis et de sens. Que de blessures, que de questions. Il y avait sa fille, Sabrina. Elle a eu tellement mal, à 19 ans, de voir ce papa partir, sans autre explication que le message brut de son absence. Elle se mit à le chercher, avec le cœur, l’esprit et d’infinies questions. Elle aussi. Elle en posait une, suivie de dix autres...et se sentait abandonnée si on ne répondait pas à toutes ses interrogations, et tout de suite. Enfant fragile, attachante, déchirée. Attachée à l’image d’un père mort et morte déjà de tristesse et de doute : on ne part que quand on n’aime pas, ou plus. N’est-ce pas ? Son père n’avait point compris les raisons de la foi ; elle ne comprenait pas les raisons du cœur.
Sabrina est partie, rejoindre son père, loin des absences, des questions, des manques et du vide. Elle a mis fin à la vie parce que cette vie était sans vie. Elle aurait aimé aimer et être aimée ; elle est partie en disant "je vous aime", rejoindre son père qu’elle aimait. Un acte d’amour. Le silence répondra au silence. Je ne l’ai jamais rencontrée, je lui ai écrit, comme à son papa, je l’ai écoutée, je l’ai aimée, avec son innocence, ses révoltes et son impatience. Comme l’histoire se répète... Près de vingt ans plus tard, une autre enfant, une autre Sabrina, qui part, s’en va et tire sa révérence, au nom de l’amour et de son cœur blessé... à cette vie qui n’a de cesse de blesser les amours.
A mon ami Yvan, son grand-père, à son oncle Adrian et sa tante Raphaëlle, à sa maman Solange, à l’amie des intimités Sabrina, à tous les proches, j’aimerais offrir ici le témoignage de ma sympathie silencieuse. De mon amitié et de mon amour. Il est des univers racistes et fermés dont il faut sortir dignes ; il est des haines sans Dieu ni foi qu’il faut confronter. De la Corse, du monde et des humains. Votre cœur fut plus bien noble que toutes ces adversités, face à la mort et aux souffrances. Mon respect est profond et mon amour fidèle.
Sabrina est partie. Ma tristesse est profonde. Une prière de l’âme pour panser les souffrances. Mon regard se retourne vers l’Unique qui sait le sens quand je ne sais la route.





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