Comment analyser les défis et les difficultés liés à la « nouvelle visibilité des citoyens occidentaux de confession musulmane » ? Comment appréhender, lorsqu’elles ne sont pas périmées, les délicates notions de racines, d’identité, d’intégration, d’immigration et de sécurité ? Comment penser posément le fait musulman sans agiter ces outils de « politique émotionnelle » que sont aujourd’hui le foulard, le niqab ou la burqa ?Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Tariq Ramadan, fort d’un engagement de plus de vingt ans contre le « clash des perceptions », apporte ici des réponses franches, accessibles et dépassionnées. Dépassant les préjugés et l’incompréhension, il appelle en particulier les musulmans d’Occident à rejeter les réflexes minoritaires et la tentation victimaire, afin d’être des citoyens engagés connaissant leurs responsabilités et leurs droits. À charge, pour les non-musulmans, de les reconnaître comme voisins et citoyens à part entière, afin d’élaborer une vision commune de l’avenir et de favoriser l’avènement d’un vrai pluralisme.Échapper aux « ghettos » mentaux, sociaux, culturels et religieux pour accéder à une nouvelle ère de l’islam occidental : telle est l’« intime conviction » et la chance que Tariq Ramadan invite chacun à saisir, sans distinction de culture ou de foi
Préambule
DE LA VISIBILITÉ
Chaque pays a sa culture, sa sensibilité propre, ses « pointes de friction », et, ce faisant, sa liste spécifiquement ordonnée de contentieux à régler avec l’islam et les musulmans. Le « foulard islamique » vient en tête en France ou en Belgique, les questions liées à l’homosexualité et aux moeurs aux Pays-Bas, les minarets en Suisse, etc. La violence, la femme, la « sharî’a » (charia) sont, entre autres, des thèmes qui reviennent partout et toujours : l’islam fait question. Le point commun de tous ces débats tient à l’installation de générations successives de musulmanes et de musulmans, devenus citoyennes et citoyens de leur pays respectif. Installés, ils sortent de leur isolement géographique, de leurs ghettos sociaux, ou de leur marginalité sociopolitique. Ils sont désormais visibles, comme le relevait, il y a des années déjà, la sociologue Nilüfer Göle. Leur visibilité marque et prouve leur décloisonnement : il ne s’agit pas d’une nouvelle « communauté religieuse ou culturelle » qui s’installe, mais plutôt de l’émancipation d’une ancienne catégorie socioéconomique (doublée d’une appartenance majoritaire à une même origine culturelle et religieuse) qui avait été doublement marginalisée, géographiquement et socialement.
Dans la proximité, la présence d’autrui perturbe et gêne. C’est la raison pour laquelle les crises se sont surtout multipliées autour de phénomènes visibles et spectaculaires : foulards islamiques,niqab (voile cachant le visage), burqa, minarets, auxquels il faut ajouter les expressions culturelles ou religieuses perçues comme « étrangères », c’est-à-dire différentes, inhabituelles ou trop « visibles » car pas encore « normalisées » (voire « neutralisées », au sens de rendues « neutres » dans l’espace public). La violence a bien sûr été un facteur majeur d’amplification, avec le rejet d’assassinats aveugles perpétrés contre des innocents au nom de la religion musulmane. Tous ces phénomènes cumulés expliquent la situation présente, et la « nouvelle visibilité » des musulmans continue de provoquer son lot de crises cycliques. Gardons en tête que cette « nouvelle visibilité » est par nature une situation historique transitoire puisque ce qui est nouveau sera un jour ancien.
Nous voici revenus au temps de la dangereuse « politique émotionnelle ». L’autre nom de cette politique qui joue de l’émotion est « le populisme », et aucune société contemporaine n’en est définitivement protégée. Les anciens racismes peuvent encore habiter notre avenir.
Livre publié aux Presses du Châtelet,
ISBN
978-2-84592-290-7 Prix : 17.95€ TTC





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